L'art et la matière

Flora Chalopin

UN PETIT SUPPLEMENT D’ÂME…

Thomas a fait la connaissance de Flora Chalopin fin 2019 sur le Salon des Entrepreneurs à Nantes. Il a été tout de suite très impressionné par cette joaillière de 27 ans, talentueuse, passionnée par son métier et entrepreneure engagée sur la question du handicap.

Lors de ce même événement, elle s’est vue d’ailleurs décerner le prix Entrepreneures de talent 2019 dans la catégorie « Jeunesse ».

Forcément, cela nous a donné envie d’en savoir plus sur son  parcours, sa vision du métier et ses projets !

L’AMOUR DE LA MATIÈRE COMME ÉTINCELLE

Flora fait partie de ces personnes qui ont su très tôt quel métier elles voudraient exercer plus tard. Sensible à la beauté de la matière et aimant travailler de ses mains, elle savait qu’elle serait artisane.

Si Flora n’était pas une enfant de la balle, elle partage avec ses parents la fibre artistique. Ce sont eux qui l’ont encouragée à trouver sa voie en l’inscrivant à divers stages. Lutherie, poterie, bijouterie… la révélation arrive à 14 ans lorsqu’elle pousse la porte d’une joaillerie d’Angers.

Elle se souvient comme si c’était hier de cette rencontre, avant tout sensorielle, avec cet univers : « l’odeur du métal chaud, le mélange d’acier, de bois, de cuir, l’éclat des pierres, toute leur lumière… »

Son émotion se transforme en fascination devant cette matière brute qui révèle de nouvelles facettes au fur et à mesure de sa transformation.

« Dans la bijouterie, ce qui me plaît le plus, ce n’est pas le produit fini mais le fait de travailler le matériau brut, de le regarder à la loupe quand il est taché par le feu et d’en faire quelque chose d’abouti, de beau… »

DE LA MATIÈRE BRUTE À LA COURBE LA PLUS PARFAITE

Totalement captée par le métal, Flora arrive à force de patience et de dextérité à le métamorphoser en une courbe « tant douce à la main qu’au regard. »

« C’est une matière incroyable qui ne ressemble à rien quand elle est brute et dont on peut faire des choses tellement fines, tellement élégantes et pourtant robustes ! Pouvoir faire des choses d’une telle précision avec un coup d’échoppe,
c’est EXTRAORDINAIRE ! »

LA BIJOUTERIE, UN MÉTIER D’HOMME ?

Afin d’en savoir plus sur ce métier, Flora va à la rencontre d’artisans locaux mais elle ne reçoit pas l’accueil escompté. La plupart tente en effet de la décourager, lui disant que « la bijouterie est un métier d’homme »… Aussi incroyable que cela puisse paraître (d’autant qu’il se féminise de plus en plus), il y a encore 50 ans, ce métier n’était effectivement pas ouvert aux femmes.

Qu’à cela ne tienne, tout en gardant ces réticences dans un coin de sa tête, la jeune Flora décide de ne pas se laisser abattre. Mais par précaution, elle choisit de poursuivre son cursus dans la filière générale avant de tenter sa chance en bijouterie une fois son bac en poche. Si les obstacles s’avèrent bien réels et insurmontables, elle pourrait toujours se tourner vers des études de langues et réaliser son autre rêve : faire un tour du monde !

Crédit photos : Thomas Le Bras

DE LA PERSÉVÉRANCE, DE L’AUDACE ET DES RENCONTRES

L’année (scolaire) 2010-2011 s’avère déterminante pour Flora. Tout en se préparant aux concours d’entrée des écoles de bijouterie et en se démenant pour décrocher des stages et des places pour les salons réservés aux professionnels, elle trouve un job alimentaire au sein du centre de réadaptation des Capucins à Angers.

Du nettoyage au brancardage, elle y enchaîne les CDD mais y fait surtout des rencontres fortes avec les patients et le personnel soignant. Bien que déjà sensibilisée par sa mère, ergothérapeute, Flora prend alors pleinement conscience des implications du handicap.

« Il faut vivre le handicap avec les personnes pour le comprendre et pour découvrir toutes les difficultés fonctionnelles, physiques ou psychiques, auxquelles elles font face. C’est parfois leur vie, leur corps qui partent en morceaux. »

C’est cette expérience bouleversante qui lui donnera envie de donner une autre dimension à son futur métier.

6 ANS DE FORMATION, 2 ECOLES, 2 STAGES, 2 APPRENTISSAGES, 3 CAP ET 2 BMA PLUS TARD…

Tout est dans le titre, ou presque…

outils fétiches de Flora

En 2011, Flora est donc partie pour 6 années d’études, tout d’abord à la SEPR à Lyon pour une année de formation intensive et 2 stages en immersion.

L’année suivante, elle se rapproche de sa région natale et intègre l’école de bijouterie de Saumur où elle restera 5 ans.

Elle entre alors en apprentissage chez un revendeur indépendant de bijoux de Roanne. Cette expérience très formatrice lui permet notamment d’apprendre la délicate tâche de la réparation minute. Les pièces sont de plus ou moins bonne facture et nécessitent beaucoup de sang froid, de maîtrise et de rapidité.

Flora poursuit sa formation chez un joaillier Meilleur Ouvrier de France au Mans. Un apprentissage qu’elle décroche à force de persévérance après plusieurs années d’échanges ! Durant 3 ans, elle y apprend tout le savoir-faire traditionnel de la fabrication à la main et travaille sur des pièces haut de gamme. C’est là aussi qu’elle nourrit son amour pour les pierres. Elle est subjuguée par leur diversité, leur éclat et la perfection dans la taille…

Durant ces 6 années, Flora enchaîne aussi les diplômes : 3 CAP en bijouterie, polissage et sertissage qu’elle complète avec une mention en joaillerie et deux brevets de métier d’art en joaillerie et en sertissage.

DE L’UTILITÉ DE L’ACCESSOIRE…

Lors de sa dernière année d’apprentissage, Flora mûrit l’idée de donner une autre dimension à son métier. Inspirée par son expérience au centre des Capucins à Angers, elle veut mettre son savoir-faire au service des personnes qui souffrent de problèmes fonctionnels et commence à imaginer des bijoux à la fois « utiles » et esthétiques.

Fin 2017, à tout juste 25 ans, elle ouvre son atelier-boutique In Aurem au cœur de la cité angevine avec pour idée de développer ses prototypes.

Sa première création innovante : un fermoir magnétique, sécurisé et personnalisable qui peut être manié d’une seule main. Une petite révolution qui a nécessité 2 ans de recherche et développement et aboutit sur un brevet déposé en 2018.

S’ensuit une demande de création de bagues orthèses pour une petite fille atteinte du syndrome Ehlers-Danlos, une maladie génétique orpheline qui fragilise les articulations de ses doigts et l’oblige à porter des orthèses en plastique inconfortables, fragiles et peu flatteuses. Avec l’appui des médecins, Flora crée donc une bague en argent venant soutenir l’articulation.

C’est un nouveau succès qui vient couronner cette création. Non seulement les bagues remplissent leur office, sont confortables, durables et adaptables mais elles permettent aussi de transformer la contrainte quotidienne en plaisir pour la personne qui les portent.

Bagues orthèses
bagues orthèses

CHANGER LE REGARD SUR LE HANDICAP

Au cœur de sa démarche, Flora cherche aussi à lutter contre la stigmatisation du handicap et contre l’exclusion sociale qu’il peut engendrer, tout en renforçant l’estime de soi

« A travers ces bijoux, il y a un travail de fond sur l’image de soi, l’image qu’on renvoie, et sur l’insertion sociale et professionnelle. Le bijou permet de passer outre le problème physique. Il ne dissimule pas le handicap mais le révèle autrement. »

Des bijoux beaux, utiles et qui font du bien. « Et à travers l’utile, la volonté de créer quelque chose d’universel« , car oui, ces créations s’adressent à toutes et tous !

DU SUR-MESURE, AU DIXIEME DE MILLIMETRE PRES

Parallèlement à ce projet, Flora a également une activité de bijouterie-joaillerie « classique ». Rappelez-vous, elle a ouvert son atelier In Aurem en plein cœur d’Angers. 😉

Flora répond aux demandes de réparation, de transformation et de créations sur-mesure. Elle ne propose aucune collection de bijoux car elle préfère imaginer des pièces uniques répondant aux attentes et à l’univers de ses clients.

Des clients fidèles d’ailleurs qui la soutiennent en cette période troublée de coronavirus…
Tout en respectant les demandes de ses clients, Flora arrive quand même à y laisser sa touche personnelle. Dans toutes ses créations, elle intègre des éléments uniques pour que le bijou ne ressemble pas à ce qu’on pourrait voir dans un magazine.

« Et puis je pense qu’inconsciemment j’ai ma propre notion de l’équilibre, des proportions, des épaisseurs, de l’élan d’une courbe… L’élan d’une courbe, c’est hyper important, il suffit d’un dixième de millimètre. »

l'élan d'une courbe

La pureté des courbes, on y revient toujours. Celle qui toute jeune déjà lui aimantait le regard et qui aujourd’hui imprègne jusqu’à sa manière de travailler.

Réalisant exclusivement ses croquis au papier et crayon, Flora n’utilise en effet pas de logiciels 3D car elle ne veut aucun intermédiaire entre sa pensée et sa main.

« Il y a quelques chose d’instinctif dans le dessin. Mon coup de crayon qui fait une belle courbe, c’est comme un coup de lime ; c’est dans le mouvement. Avec l’ordinateur, je ne saurais pas si la courbe est belle ou pas. »

2 ANS D’AVENTURE ENTREPRENEURIALE, 2 MARQUES… ET DES PROJETS PLEIN LA TETE

Très vite, il apparaît nécessaire à Flora de distinguer ses deux activités : d’une part son entreprise In Aurem où tout est fait à la main dans la plus pure tradition des métiers d’art ; de l’autre, Via Sibi, consacrée à la création de ses bijoux innovants.

Avec Via Sibi, Flora souhaite proposer une « route pour soi » à tous, et surtout à ceux qui en ont le plus besoin.

A l’avenir, Flora espère pouvoir développer Via Sibi au national et à l’international. Elle apporte également la dernière touche à un projet de collier qui devrait sortir prochainement.

De belles aventures en perspective ! Mais dans tous les cas, elle souhaite conserver un pied dans son atelier et rester en contact avec ses clients et la réalité du terrain.

Nous sommes impressionnés par la maturité de Flora et l’évolution de son projet entrepreneurial en 2 ans et demi à peine, d’autant qu’elle n’a pas bénéficié de formation commerciale lors de ses études. Comme la comptabilité, elle a tout appris sur le tas.

Heureusement Flora a eu la chance de rencontrer de bons interlocuteurs, comme Angers Technopole et d’autres acteurs de la vie économique et des innovations en Pays de la Loire, qui lui apportent un accompagnement précieux dans le développement de son projet.


Vous l’aurez compris, Flora a une personnalité forte et chaleureuse qui ne laisse pas indifférent. Outre son talent, sa persévérance et son audace sont une source d’inspiration pour tous ceux qui souhaitent entreprendre. Nous avons hâte de suivre son évolution !

Belle route, Flora !

Flora Chalopin à son établi
Crédit photos : Thomas Le Bras

Flora Chalopin ⎢ In AuremVia SibiInstagram
42 Rue Saint-Lazare – 49100 Angers

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