Guy-Emmanuel Blanche

L’ALCHIMISTE POLICÉ

La découverte de métiers rares est toujours passionnante, elle nous fait rentrer dans un univers inconnu. Guy-Emmanuel Blanche est argenteur et n’est pas habitué à parler de son métier. Pourtant il dégage un charisme propre à ces artisans à l’expérience éprouvée, qui restent ouverts aux autres, et dont la rencontre ne nous laissera pas inchangés.

Poussez avec nous la porte de l’Atelier de l’Argenteur…

A l’origine, rien ne prédestinait Guy-Emmanuel Blanche à travailler dans l’univers de l’orfèvrerie. Suivant les traces de son père assureur, il devient agent général après quelques années de formation puis rejoint le cabinet familial à Nantes où il vend assurances et placements financiers. 

A ses 30 ans, le départ à la retraite de son père le conduit à réfléchir à son avenir : reprendre le cabinet et continuer ce métier qu’il aime bien ou alors saisir l’occasion de suivre ses aspirations et se tourner vers un travail plus manuel. Il faut dire qu’à ses heures perdues, Guy-Emmanuel pratiquait déjà le modelage et le dessin. 

C’est à l’occasion d’une rencontre que Guy-Emmanuel découvre le métier d’argenteur orfèvre. Le travail lui semble passionnant et il décide alors de partir à Paris pour en apprendre plus sur ce métier et, pourquoi pas, entrer en formation chez un artisan. 

Il rencontre tous les orfèvres de la capitale et les questionne sur leur métier. Il veut mesurer ses risques et chances de réussite avant de se lancer dans la course ! Aiment-ils leur travail, gagnent-ils correctement leur vie, comment voient-il la pérennité du métier ? « Des gens charmants, tous très langue-de-bois et dont aucun n’a accepté de me prendre comme stagiaire » plaisante-t-il. Un peu dépité, Guy-Emmanuel poursuit ses recherches. 

La vie finit par lui sourire à nouveau : il rencontre sa future femme, Ariane, restauratrice de tableaux avec qui il partage aujourd’hui son atelier/boutique rue Jean Jaurès, et en même temps, renoue avec un cousin éloigné, orfèvre à Lille, qui accepte de lui apprendre le B.A.BA de l’argenture. 

Ça y est ! L’argenteur Guy-Emmanuel Blanche fait ses débuts dans le métier ! Un métier plutôt récent par ailleurs, puisqu’il date de l’invention de l’électrolyse, mais qui a connu des mutations depuis le XIXe siècle.  

En effet, dans les ateliers d’orfèvrerie d’autrefois, chaque artisan avait son rôle propre : le planeur, le soudeur, le polisseur et l’argenteur… L’argenteur des temps modernes est, lui, amené à exercer tous ces savoir-faire et c’est notamment cette polyvalence qui a séduit Guy-Emmanuel. Il éprouve également une grande satisfaction à créer ou redonner leur éclat à des pièces usées par le temps.

Comme beaucoup d’artisans, le jeune apprenti a dû échouer, apprendre de ses erreurs, recommencer, ne rien lâcher et ainsi affiner petit-à-petit ses techniques. Une persévérance et un talent qui se traduisent par la fidélité de ses clients, dont certains le suivent depuis ses débuts.

Revenu à Nantes il y a 25 ans, Guy-Emmanuel fabrique des objets en métal argenté et restaure tout type de pièces en argent. S’il ne se sent pas orfèvre dans le sens créatif du terme, ce fin connaisseur est passionné par ce métier dont la diversité l’amène à redonner une seconde vie à des pièces d’orfèvrerie en argent, bronze ou encore en étain et métal doré. 

Guy-Emmanuel a certes conscience de ne pas avoir la connaissance parfaite d’un artisan qui ne pratiquerait qu’un seul métier de l’orfèvrerie mais la maîtrise de son art lui permet de répondre aux attentes de sa clientèle exigeante. Il accorde un soin tout particulier aux pièces que lui confient ses clients et tire une vraie satisfaction à rendre un travail dans lequel il a mis tout son cœur. 

ET L’AVENIR ?

Il ne faut pas s’en cacher, les goûts et les modes ont changé et les grandes heures de l’argenture sont passées… S’il devient moins fréquent qu’un couple de jeunes mariés commande une ménagère en argent flambant neuve, il reste que des passionnés de l’argenterie feront toujours restaurer leurs pièces, souvenirs affectifs issu de leur héritage familial. 

Pour perdurer, le métier doit évoluer, s’adapter, proposer de nouvelles choses. Guy-Emmanuel y travaille, en proposant notamment des couverts inox aux motifs sur-mesure, gravés laser.

Quand on demande enfin à Guy-Emmanuel Blanche, avant de se quitter, ce qu’il préfère dans son métier, il nous répond avec un grand sourire : « Tout ! De l’accueil de mes clients jusqu’à la compta ! Etre polyvalent et ne jamais faire vraiment la même chose. »

ET CONCRÈTEMENT, C’EST QUOI L’ARGENTURE ?

L’argenture, c’est l’action de déposer, par électrolyse, des particules d’argent sur une surface cuivreuse. Grâce à ce procédé électrochimique, les particules de métal vont se coller comme des tuiles à la pièce. 

Un peu d’histoire…
Inventé simultanément en 1840 par le Français Henri de Ruolz et l’Anglais Henry Elkington, le procédé l’argenture et de la dorure par électrolyse a été vendu en 1842 à Charles Christofle, fondateur de la célèbre maison d’orfèvrerie. Auparavant, le métal était doublé ou plaqué. Les pièces en argent massif coûtaient excessivement cher, aussi, pour économiser ce métal précieux, certains orfèvres réalisaient-ils des pièces en laiton ou en cuivre sur lesquelles ils appliquaient une feuille d’argent extrêmement fine qu’ils venaient marteler pour l’incruster dans le métal.

Avant de procéder à l’argenture, il est très important de préparer parfaitement la pièce à argenter. Selon leur état, les pièces peuvent nécessiter d’être débosselées ou soudées avant d’être polie miroir. Durant cette étape, l’argenteur doit prendre garde aux réactions de chaleur qui peuvent tâcher le métal, appelées « tâches de feu » ou « tâches de liqueur ». C’est un réel travail de précision, de chimiste qui s’active alors. 

La pièce est ensuite minutieusement dégraissée puis nettoyée dans un bain électrolytique pendant quelques minutes. Elle est ensuite rincée (une à deux fois) puis préargentée pendant quelques secondes. Cette étape indispensable consiste à tremper la pièce dans un bain de cyanure doublé d’argent et de potassium dans lequel se trouvent des anodes en inox.

Guy-Emmanuel Blanche nous explique que cette méthode n’a pas changé depuis 1837. Elle va capter l’argent sous forme d’ions dans le bain lui-même et va être recouverte d’une très fine pellicule brillante d’argent. C’est cette première fine pellicule qui va permettre ensuite, lors de l’argenture, d’obtenir des couches d’ions d’argent uniformes et brillantes sur toute la surface de la pièce. 

Afin d’homogénéiser le brassage dans la cuve, Guy-Emmanuel Blanche a dû fabriquer ses propres outils. Pour ce faire, l’ingénieux artisan a utilisé un moteur d’essuie-glace de Peugeot 306. Un peu rustique mais redoutablement efficace et durable ! Il plonge donc les pièces à argenter dans le bain d’argenture dans lequel sont immergées les anodes d’argent pur (99,999% !) et la cathode. Le courant électrique transfèrera les particules d’argent de l’anode d’agent à la pièce.

L’argent va alors se déposer uniformément sur la pièce, avec une surépaisseur sur les parties saillantes. Ainsi sur les fourchettes, cela permet par exemple que les pointes des dents soient à l’usage plus résistantes aux outrages de leur fonction.

Pour aller plus loin : 

– Charles CHRISTOFLE, Histoire de la dorure et de l’argenture électro-chimique, 1851 (Lire ici)

L’atelier de l’Argenteur ⎢ site web
27, rue Jean Jaurès
44000 Nantes

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